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jeudi 9 septembre 2010

L'information agricole

 

Jean-Christophe Bureau, professeur d'économie à AgroParisTech

« Il y aura donc sans doute un clash »


(AFP - 01/03/10)

Alors que le salon de l'agriculture a ouvert ses portes samedi à Paris, Jean-Christophe Bureau, professeur d'économie à AgroParisTech estime que la révision de la Politique agricole commune (PAC) à partir de 2013, devrait donner lieu à de vifs affrontements entre Européens.


Faut-il s'attendre à une bataille entre Européens au sujet de la réforme de la PAC ?

J-C.B. : La bagarre va être encore plus forte qu'en 2005 lorsqu'il s'agissait de travailler sur les perspectives financières 2006-2013. La PAC, c'est environ 30% du budget européen, auxquels s'ajoute le développement rural; l'ensemble fait 40 à 45%. Il y a beaucoup de convoitise autour de ces budgets puisqu'on a besoin de financer d'autres politiques, la recherche, le contrôle de l'immigration, les technologies de communication... Il y aura donc sans doute un clash, sachant que le Royaume-Uni a tout un tas d'armes dans sa manche, notamment les rabais britanniques qu'avait négociés Margaret Thatcher: ils souhaitent échanger la fin de ce rabais contre la fin de la PAC, ça leur donne un poids très important.

Quelles sont les voies de réforme défendues par les différents camps européens ?

J-C.B. : Il y a un ensemble de pays traditionnellement hostiles à la PAC, comme le Royaume-Uni, qui veulent une alimentation bon marché et n'ont pas peur d'importer d'autres pays. D'autres comme la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, la République tchèque, sont plutôt dans le camp britannique mais veulent une plus grande ouverture, la libéralisation des marchés pour pouvoir exporter facilement. Et il y a un clan très attaché à la PAC, avec la France et des nouveaux membres comme la Pologne et la Roumanie. La PAC, c'était assez simple quand on avait six pays, avec des agricultures très familiales, mais maintenant on a de très grandes fermes en Europe de l'Est, on en a de très petites ailleurs, les intérêts sont très divergents.

La future PAC incitera-t-elle les agriculteurs à mieux préserver l'environnement ou à cultiver bio ?

J-C.B. : Depuis 1999, on a réorienté les aides un peu plus en faveur de l'environnement en mettant des 'conditionnalités', comme ne plus labourer des prairies permanentes qui sont des bonnes réserves de biodiversité et de stockage de carbone dans les sols. Mais dans le cas de la France, sur 9 milliards d'euros d'aide, seulement 300 millions sont apportées aux agriculteurs pour l'environnement. Il y a un groupe de pays pour qui ces aides doivent aller à la fourniture de biens publics, c'est-à-dire de gestion de l'eau, de la biodiversité, des paysages. De fait, on voit se dégrader très vite les paysages européens, les nappes phréatiques. Le bio a un cahier des charges cohérent, il est bien connu des consommateurs grâce aux 'labellisations' et sera à mon avis dans les pratiques qui seront davantage aidées à l'avenir. Mais en ce moment, l'idée de réorienter les budgets est politiquement difficile, car les revenus des agriculteurs sont très faibles.

Propos recueillis par Raphaëlle LOGEROT et Ivan COURONNE, AFP

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